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ALFRED NIKIEMA (directeur de la RTB):je n’ai jamais vu un artiste déposer officiellement son œuvre à la Direction de la Télévision

Interviews du directeur de la Radiodiffusion Télévision du Burkina par :artistebf

Après son BAC obtenu en candidat libre, Alfred NIKIEMA, Directeur actuel de la RTB a « galéré » comme bon nombre d’étudiants avant de trouver un toit. Ses parents (mère et père) licenciés sous la révolution, Alfred NIKIEMA avait le choix entre être Commissaire politique à Cuba ou partir en Union Soviétique par le biais des bourses Russes.

Etant donné qu’il n’avait pas de fibre politique dans les veines, il a porté son dévolu sur le second choix, c’est-à-dire, partir en Union Soviétique. Avec cette option, il avait la possibilité de faire carrière dans le journalisme, le métier qui lui tenait à cœur. D’ailleurs, il avait tous les atouts pour réussir dans ce domaine. Avec son BAC littéraire et son goût prononcé pour la lecture, Alfred NIKIEMA fouinait régulièrement dans les journaux « Afrique Nouvelle » que ses parents recevaient régulièrement de Dakar par abonnement. Véritablement, il était déjà bien moulé et prêt à démarrer une bonne carrière journalistique en Russie.
Avec Alfred NIKIEMA, Directeur de la Télévision Nationale, nous avons échangé sur la stratégie de promotion des œuvres culturelles.
Dans cet entretien, vous découvrirez également le parcours professionnel d’un homme dont la jeunesse n’a pas été si rose. En effet, le chômage et la galère ont fait de ce journaliste, un homme averti, travailleur et combatif . Aussi, de ce qu’on dit, c’est un homme de grande écoute....Lisons plutôt :

C’est d’abord saluer l’existence de la structure « Artistes.bf » qui, immanquablement est d’un apport considérable dans le paysage culturel burkinabé. ça coute des cheveux de la tête et ça coute le stress aussi.
J’ai commencé l’école primaire publique à NOUNA dans la province de la KOSSI et à KAYA dans le SANMATENGA. Après l’obtention de mon entrée en sixième à KAYA, j’ai poursuivi mes études au Collège protestant puis au Lycée Saint Joseph de Ouagadougou. Mes parents (père et mère) ont été licenciés sous la révolution pour fait de grève. J’ai eu donc un cursus scolaire écourté parce que j’étais un externe payant. J’avoue que ça n’a pas été facile parce que nous étions toujours (mes frères et moi) sous tutelle parentale. C’est donc en candidat libre que j’ai eu le bac.

Artistebf (Art.) : De Journaliste présentateur à directeur, quelle différence ?
Alfred NIKIEMA (A.N.)
 : Il y ’a une grande différence. Quand vous êtes « anodin » dans une administration, vous n’imaginez pas que vous découvrirez des caractères et des comportements autres que des personnes que vous étiez censés savoir. Vous vous rendez compte qu’il y a des intérêts qui s’entre- mêlent et qui font que la profession est souvent difficile à exercer. On vous rapporte du tout et du n’importe quoi et c’est ce qui est désolant. On a l’impression que les gens attendent tout de vous et dès qu’ils n’ont pas satisfaction, ils disent que vous avez changé ! Que direz-vous par exemple des professionnels censés sérieux qui choisissent délibérément de ne pas venir bien qu’ils soient programmés ; ils le font et ils n’ont d’explications à donner à personne.

Art. : Avez-vous des amis qui vous ont abandonné ou qui ont pris des distances après votre nomination ?
A.N. : Qui m’ont abandonné ? non ! qui ont peut-être pris des distances parce qu’ils ne trouvent pas leur compte ou parce que je ne leur fais pas de faveur particulière. A mon avis, il ne sert à rien d’envoyer quelqu’un tout le temps en mission alors que son résultat n’est pas bon. D’ailleurs, je n’ai pas la latitude de le faire parce que je compte sur une équipe qui a un droit de regard sur la compétence professionnelle des uns et des autres. quand il s’agit des reportages, l’équipe me fait des recommandations . Mais administrativement, je ne peux pas outre-passer cette étape.

Art. : Vous avez dit tantôt que la politique n’était pas votre dada et pourtant, n’est pas directeur d’une Télévision Nationale qui veut ; quelle est votre explication ?
A.N. : Mais je ne comprends pas ! Pour peu qu’on nomme quelqu’un, on pense déjà qu’il y a un aspect politique. J’invite les gens à fouiller sur les listes de tous les partis politiques de ce pays, s’ils retrouvent mon nom sur une seule liste, qu’ils reviennent me voir. Je ne crois pas que c’est sur le critère politique qu’on a appelé Alfred NIKIEMA à venir travailler. On ne m’a jamais appelé dans une structure politique pour me dire : « il faut d’abord que tu sois des nôtres avant d’être nommé ».

Art. : Mais selon vous, qu’est-ce qui a guidé l’autorité à porter son choix sur votre personne ?
A.N. : J’ai comme l’impression qu’on a regardé qui était en mesure de répondre à un moment donné à une préoccupation. Certainement que c’est sur cette base que les gens ont fait leur choix. Franchement, il n’ y a que ceux qui m’ont nommé qui pourront vous répondre.

Art. : Votre choix serait peut -être lié à vos affinités avec le Directeur Général !
A.N. : Aucune ! on n’a jamais échangé un thé ensemble. On s’est seulement connu à la RTB parce qu’il était le chef des programmes de la RTB pendant 10 ans. C’est pareil pour mon Ministre de tutelle ; je ne le connaissais pas non plus. Par contre, je connais bien le Secrétaire Général pour avoir été Directeur de la Télévision au moment où j’étais stagiaire à la RTB. Je crois que ces dernières années, les nominations sont essentiellement liées à des critères de compétences.

Art. : En ces temps d’effervescence politique quel rôle doit jouer la RTB en tant que média public dans le sens de l’apaisement et de l’élévation des consciences politiques des populations ?
A.N. : Vous touchez du doigt un problème réel crucial et actuel. La télévision dans ce jeu politique doit toujours obéir à ses missions régaliennes qui sont de donner l’information saine, de sensibiliser et d’informer sur les questions de développement. Les politiques nous amènent souvent à faire des reportages et dans ce contexte, il faut être impartial. Pour ma part, je prône le compte rendu qui consiste à aller voir et rendre compte. Mais comme vous le savez, notre profession a des règles édictées, contenues dans un mémo d’éthique et de déontologie. Il est nécessaire donc que les gens fassent appel à leur connaissance livresque avant de traiter l’information politique ; ceci a l’avantage d’éviter les dérapages. J’aime dire aux collègues de rester toujours professionnels, éviter là où il y a la délation, où les gens s’insultent ou se méprisent. Dans le contexte politique actuel, nous sommes en présence de plusieurs camps ; les uns sont pour… et les autres contre… Mais en tant que professionnels, nous devons garder une impartialité dans le traitement de l’information même si nous avons des sensibilités ou des appartenances politiques. Nous faisons tout de même attention parce qu’ils se créent des mouvements et des groupements spontanés se revendiquant de courants politiques, qui incitent à la violence et qui manifestent sans récépissé. Nous ne sommes pas contre les manifestations légales. Quand par exemple de manière spontanée les jeunes d’un quartier manifestent pour qu’on arrange une route ; la télé peut une fois en passant couvrir de tels évènements. Mais lorsque ces manifestations deviennent pérennes au nom d’un idéal, lorsqu’ une structure se constitue sans se déclarer à l’administration sous des prétextes « qu’on va lutter contre ça … » , « on va faire ci … », « il faut que la télé vienne… » ; là, le contexte change. Il faut éviter de faire venir les médias pour la simple raison qu’on n’est pas content ou parce qu’on a envie d’insulter tel ou tel parti politique. L’histoire du Rwanda nous enseigne que c’est par les médias que les dérapages arrivent souvent. La Télévision du Burkina est assez responsable et je sais qu’elle ne se prêtera pas à de telles situations.

Art. : Quelle est la stratégie de la nouvelle équipe de la RTB pour promouvoir les œuvres artistiques ?
A.N. : Nous saluons ce qui a été déjà fait par nos prédécesseurs depuis la création de la Télévision. Nous avons pris l’engagement de promouvoir la culture et d’autres secteurs d’activités qui mobilisent les populations et qui intéressent le peuple burkinabé vers une identité culturelle plurielle. Je prends l’exemple de l’émission Télé matin où on a offert une plage d’expression à la culture, Nous avons également en projet un journal culturel dont les couleurs ont été annoncées à l’occasion du cinquantenaire. Vous avez des émissions comme star en direct, cocktails, Reemdoogo, « ça se passe à la Télé » et nous continuons toujours à recevoir des propositions d’émission. C’est dire que la plage d’émission consacrée à la culture au niveau de la télé est assez importante. Malheureusement, les gens ne trouvent toujours pas satisfaction.

Art. : Comment se passe la sélection des œuvres pour qu’elles soient
diffusées sur les antennes parce que beaucoup d’artistes pensent qu’il faut avoir des « rallonges » ou autres bras longs.

A.N. : Il n’ y a pas de bras longs à chercher ; la faute leur incombe. Depuis que je suis à la Direction (une année et demi environ), je n’ai jamais vu un artiste déposer officiellement son œuvre à la Direction de la Télévision. Qu’est-ce qu’ils font ? Ils passent toujours par des raccourcis ; soit par le canal du chef des programmes soit par les animateurs ; c’est toujours des petits arrangements. Maintenant quand ça n’aboutit pas, on crie partout que la RTB ne veut pas diffuser le clip. Ce genre de situation, nous allons travailler à les baliser. Nous avons déjà donné des consignes fermes afin que les œuvres soient désormais déposées et enregistrées officiellement à la Direction de la RTB. Après avoir visualisé le contenu, nous procédons à la diffusion parce que nous n’allons pas passer une musique qui incite à la haine ou qui dénigre ; il faut que les gens comprennent cela. J’aime citer l’artiste FIFOU qui essaye comme bon nombre d’artistes burkinabé de réveiller des musiques traditionnelles pour les faire évoluer dans le registre moderne ; j’en suis heureux pour ces acteurs culturels. C’est l’occasion pour moi de saluer encore le travail de nos prédécesseurs qui ont pris des décisions courageuses à un moment donné pour limiter la musique d’importation au niveau de la Télévision Nationale. Aujourd’hui, aucun département, que ce soit de l’Agriculture, de l’Elevage, de l’Eau ou de l’Action Sociale ne bénéficie autant d’émissions que le secteur de la culture. Néanmoins, nous faisons une ouverture sur le monde extérieur pour ne pas rester fermé. Nous diffusons souvent des clips à la limite indécents dans l’esprit de toujours satisfaire le public. J’avoue qu’il y a des clips qui ramènent le Burkina des vingtaines d’années en arrière et quand vous tombez sur ce genre de musique, vous vous posez la question de savoir si le Burkina a évolué. Vous voyez des artistes qui vont dans des carrières de briques ou des cimetières et qui crient poings et yeux fermés « JAH RASTAFARI … » De grâce ! il faut que nos clips véhiculent aussi une bonne image de notre pays.

Lire la suite sur :www.artistebf.org


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