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Tourisme local comment préserver les modes de vie des populations locales

Arrêtons nous un instant sur l’article 9 du code mondial d’éthique de l’OMT qui tente de mettre en lumière les risques d’acculturation qu’engendre le tourisme dans les pays sous-développés :

« les entreprises multinationales de l’industrie touristique ne doivent pas abuser de situations de positions dominantes qu’elles détiennent parfois ; elles doivent éviter de devenir le vecteur des modèles culturels et sociaux artificiellement imposés aux communautés d’accueil ; en échange de la liberté d’investir et d’opérer commercialement qui doit leur être pleinement reconnue, elles doivent s’impliquer dans le développement local en évitant par le rapatriement excessif de leurs bénéfices ou par leurs importations induites, de réduire la contribution qu’elles apportent aux économies où elles sont implantées ».

Souvent critiqué, il est évident que le tourisme peut amener des impacts particulièrement négatifs ; en effet le tourisme vers les pays en développement est malheureusement souvent associé à l’idée du tourisme « sexuel » ou « sexuel avec des mineurs ». Il est évident que toute déviance dans le comportement des touristes doit être condamné avec la plus grande fermeté. La position des organisations internationales, qui ont pour mission la promotion des libertés des enfants, des femmes et des hommes ou encore la promotion du tourisme, est d’ailleurs très ferme à cet égard. Pourtant dans les pays en développement, le secteur informel et de la criminalité sont souvent moins contrôlés faute de moyens mais également du fait de la corruption des agents publics 148.

A l’occasion de la réunion mondiale sur les impacts sociaux du tourisme, qui s’est tenue à Manille en mai 1997, il fut reconnu que des pratiques telles que la prostitution des mineurs étaient de « notoriété publique » dans certains pays et particulièrement les pays sous-développés. Dans ce rapport, on rappela que certes le tourisme est un moment d’évasion et de rupture avec la vie quotidienne, et que l’on ne peut rendre responsable le secteur touristique des excès provoqués par des touristes individuels. Malheureusement, le rapport souligna également que le tourisme amène les individus dans des contextes culturels différents du sien et à ce titre il est un facteur qui encourage ce type de pratiques. Dans de telles circonstances, le tourisme crée un contexte qui favorise le développement des activités illicites comme la prostitution.

Il ne faut certes pas baisser les bras devant ces arguments. Mais ils sous-entendent que combattre l’offre peut être une option, mais probablement pas la solution, car il existe aussi une demande. Les actions pour lutter contre ces activités, dans le cadre du tourisme durable, sont de différentes natures :

« Informer ; inciter les exploitants des infrastructures touristiques à prendre des mesures afin de réduire la marge de manœuvre et l’espace de ces activités ; faire pression sur les gouvernements afin de faciliter les procédures de poursuites judiciaires entre Etats ; mais aussi réfléchir sur les causes réelles de ces pratiques et agir en conséquence - penser à la richesse potentielle du tourisme et aux systèmes possibles de redistribution, par exemple...

Le rejet de la primauté aux touristes

Béatrice Dehais dans un travail consacré à la mondialisation et aux dégâts du tourisme souligna que :

« Les modes de consommation des touristes en eau et en électricité conduisent souvent à détourner les ressources disponibles au détriment des habitants ».

Par ailleurs, comme nous l’avons vu, le traitement que le tourisme reçoit de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) est en passe de rendre hors la loi toute réglementation nationale ou locale limitant de quelque manière que ce soit l’accès des multinationales du secteur aux marchés nationaux. Tout effort régulateur visant à subordonner les intérêts des investisseurs à ceux des habitants serait dès lors voué à l’échec.

Déjà dans les pays développés, on remarqua que les infrastructures touristiques prévues pour les périodes de pointe sont sous-utilisées en dehors de la haute saison ; dans les pays sous-développés, c’est généralement l’ensemble des infrastructures qui restent sous utilisées par les populations locales du fait qu’elles n’en n’ont pas réellement l’utilité.

L’existence de goulots d’étranglement concernant certains produits, très demandés par les touristes étrangers et consommés habituellement par la population locale (poissons, viandes, fruits) a des effets inflationnistes qui peuvent se propager sur l’ensemble de l’économie. Ce risque inflationniste est important dans les pays en développement parce que l’élasticité de l’offre est faible et parce que l’accroissement des importations n’est pas possible du fait de la pénurie de devises. Les politiques d’accompagnement du développement touristique résident dans ce cas soit dans une réduction de la demande nationale ou touristique étrangère, soit dans un accroissement de l’offre grâce à une augmentation de la production nationale ou par une augmentation des importations payées grâce aux devises apportées par les touristes étrangers consommateurs.

Face à cela, l’Etat se doit de réagir ; le développement du tourisme ne devant pas se traduire par une diminution de l’accès aux produits de vie courante (notamment alimentaire) pour les populations locales. Dans ce contexte, il est évident, et il n’est pas anodin de finir notre étude par ce point, que la redistribution des profits générés par le tourisme doit être la priorité absolue de l’Etat.


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